Vigoureuses Belles au bois dormant

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A moins de 300 kilomètres de distance, deux des plus grandes compagnies de danse d’Allemagne affichent simultanément 'La Belle au bois dormant', indispensable ballet du répertoire. Les deux chorégraphies s’appuient sur la version classique de Marius Petipa, thème et variation plus ou moins affranchies du chef d’œuvre de Piotr Ilitch Tchaïkovski et du chorégraphe français émigré en Russie.

La Belle au bois dormant
Musique : Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
Chorégraphie : John Neumeier
Staatsballet Hamburg
Hamburg Staatsoper
Mardi 31 mai 2022

Avec La Belle au bois dormant en 1890, le Ballet du Théâtre Impérial de Saint-Pétersbourg allait offrir après Le Lac des cygnes et avant Casse-Noisette le volet central et le plus abouti probablement de la collaboration entre Piotr Ilitch Tchaïkovski et Marius Petipa. Toute compagnie classique qui se respecte ou qui ambitionne de le devenir doit conserver une version de la Belle. L’authenticité de la chorégraphie originale est plus ou moins assurée. La partition originale contient des matériaux précieux qui peuvent étirer les représentations les plus grandiloquentes à près de cinq heures! Seul un essai du Mariinski dans les années 2000 a permis une telle expérience. Après la crise du Coronavirus et les ravages de Netflix, les représentations d’un peu plus de trois heures du Staatsballet de Berlin et de Hambourg représentent un défi pour les danseurs comme le public mais l’essai s’avère transformé, gage d’un avenir prospère pour le triptyque Tchaïkovski/Petipa.

La chorégraphie du Staatsballet de Berlin date de 1987 dans la version de Marcia Haydée, à l’époque Directrice du Ballet de Stuttgart. L’essentiel demeure fidèle à Marius Petipa. Le principal changement opéré est le rôle important donné à Carabosse interprété par un danseur masculin. Sa présence inquiète, amuse et impressionne. Le jeu d’entrées et de sorties du prologue à l’apothéose, ainsi que le maniement des rideaux et la pantomime font merveille. Le succès de cette représentation tient certainement à la performance du moldave Alexei Orlenco. Beau jeu de main, jeu de vilain il remporte l’un des plus francs succès de la soirée.

La Belle au bois dormant à Berlin @Yan Revazov

Le prologue égraine les variations des fées dont se dégage Lilas, la subtile et présente Krasina Pavlova au nom qui la prédestinait au ballet… Le manichéisme entre la fée Lilas et Carabosse est bien campé avec les leitmotivs de la partition particulièrement bien défendue par l’Orchestre du Deutsche Oper dirigé par Paul Connelly enfoui dans la fosse si profonde de ce théâtre brutaliste.

Au premier acte, la présentation d’Aurore à la cour, parfaitement scénographiée, débute avec le redoutable Adage à la rose. Ksenia Ovsyanick s’avère un peu fébrile dans ses équilibres. Elle se rattrape avec la variation où la qualité de son saut recueille tous les suffrages. Les quatre princes aux personnalités habilement croquées ne sont pas que des partenaires de promenades insipides et leur rivalité est habilement soulignée par Marcia Haydée.

L’entrée en scène du Prince Désiré attend comme de rigueur le deuxième acte. L’expérimenté Dinu Tamazlacaru assure sereinement autant qu’Aurore dans son éthérée variation. Curieusement Marcia Haydée détache les cheveux des danseuses du Corps de ballet, laissant une impression très balanchinienne d’ensembles habituellement plus caractérisés par leur académisme russe.

La Belle au bois dormant à Berlin @Yan Revazov

Le divertissement du troisième acte comporte son cortège des contes de Perrault: Blanche-Neige, le Chat-Botté, le Petit Chaperon rouge ainsi que les redoutables morceaux de bravoure du divertissement. Le Pas de cinq des pierres précieuses est fondu avec le conte d’Ali Baba et met en exergue le talent du jeune Jun Ishii, simplement membre d’un programme d’apprentissage mais promis à une belle carrière. L’Oiseau bleu fait également son effet avec le demi-soliste Alexander Bird. Enfin l’ultime pas de deux d’Aurore et de Désiré réjouit les puristes par son orthodoxie, pas une once de fatigue ne pointe.

La Belle au bois dormant hambourgeoise de John Neumeier se révèle plus surprenante et parfois problématique. Le célèbre chorégraphe américain s’était attelé à l’œuvre dès 1978 mais plus de quarante ans plus tard en décembre 2021 a retravaillé sa chorégraphie tout en gardant les précieux décors et costumes de Jürgen Rose. Neumeier révère l’œuvre de Tchaïkovski et de Petipa, mais, comme à son habitude, ajoute quelques éléments de recomposition des musiques et particulièrement de l’argument. Le rôle de Désiré qui n’apparait traditionnellement qu’au deuxième acte devient plus central, au point d’être parfois un peu trop présent et agité. Il est vêtu d’un jean qui se veut disruptif et symbole d’un esprit de contestation du protocole mais l’effet ne convainc pas entièrement, privant public et critique d’apprécier les qualités du danseur masculin, Alexandr Trusch pour cette représentation.

La surprenant et problematique Belle hamborgeoise @Kiran West

Neumeier dévoie un peu le rôle classique des fées Carabosse et Lilas en opposant l’épine et la rose. Anna Laudere compose une rose de toute beauté tandis que Matias Oberlin s’affirme bien piquant avec des effets un tantinet appuyés.

Alina Cojocaru reprend du service dans un rôle qui fit sa célébrité au Royal Ballet comme à l’English National Ballet. Elle en connait toutes les subtilités et offre des nuances et un placement inimitables. Naturellement la ballerine fluette s’est transformée en une femme épanouie et certains de ses admirateurs des premières années pourraient rester sur leur souvenir enamouré.

La conclusion de cette intéressante comparaison à trois jours d’intervalle pourrait être que la Belle requiert ses repères d’académisme et de bravoure. L’œuvre peut accepter une relecture comme le montra avec talent Mats Ek mais les versions hybrides peinent à effacer le souvenir et l’attente que ce ballet féérique réserve.

Une autre image de la représentation à Hambourg @Kiran West

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