13 peintres + 1

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Si l’on est superstitieux et que l’on aime les peintres vivants, un dilemme se pose lors des visites d’exposition près de Perpignan cet été. L’exposition 'Gestalt' à Cent mètres du centre du Monde (Perpignan) en comptant treize, on est radicalement obligé soit d’en sauter un dans l’exposition pour en rester à douze (ce qui est difficile en raison de l’accrochage mélangé), soit d’en ajouter un autre, mais ailleurs. Après avoir évité un chat noir, puis croisé les doigts en jetant du sel par dessus notre épaule, on a pris la sage décision d’ajouter à la visite l’exposition monographique The great escape d’Adrien Belgrand au domaine de Roueïre à Quarante, afin d’arriver à quatorze (grâce à Quarante, il faut suivre).

GESTALT
Jean-Michel Alberola · Étienne Armandon · Marion Bataillard · Fabien Boitard · Cécile Brigand · Sylvie Fajfrowska · Henriette Grahnert · Yann Lacroix ·Matthias Ludwig · François Mendras · Laurent Proux · Robert Seidel · Elené Shatberashvili
Commissariat de Marion Bataillard
A cent mètres du centre du monde
Jusqu’au 2 octobre à Perpignan

Adrien Belgrand
The Great Escape

Domaine de RoueÏre
jusqu’au 18 septembre à Quarante

Marion Bataillard, peintre française née en 1983, est commissaire de l’exposition qui se déploie sur plus de mille mètres carrés, à un jet de pierre de la gare de Perpignan, dans le lieu emblématique fondé par le valencien Vincent Madramany, et aujourd’hui porté depuis sa disparition par l’équipe issue de son organisation. Privé, indépendant, ACMCM programme depuis ses origines une ligne basée sur les peintres vivants, en faisant la part belle à l’alternance entre français, espagnols, et européens.

Le propos de l’exposition affiche une volonté de souligner des productions où la peinture vaut en soi, affichant des variétés de techniques et de démarches, à l’inverse de possibles volontés d’autres peintres, cherchant à produire des images, par exemple en se basant sur des photographies, ou en peignant une réalité littérale. Dans Gestalt, on fait de la peinture par la peinture, considérant celle-ci comme l’alpha et l’oméga de la production. Les artistes explorent donc les possibilités infinies qu’offre la technique du pinceau, transposées dans des préoccupations contemporaines.

Marion Bataillard et vue de l'exposition.

Parce qu'il faut bien choisir

L’idéal sera de se rendre sur place, de profiter de l’accueil amical, des espaces généreux et d’un café offert sur présentation de cet article imprimé, afin de se faire sa propre opinion, de faire son propre marché mental, puis de revenir avec une, deux, ou treize découvertes, que l’on pourra ensuite, pour la plupart des artistes, continuer de suivre sur instagram afin de les côtoyer au gré de leur production à venir et de leurs stories.

Les peintres choisis par Marion Bataillard illustrent diversement la volonté de peindre composée au présent. Ils ne se connaissent pas forcément, et aucun manifeste théorique n’unit leur pratique. Les œuvres sont extrêmement différentes, permettant selon les affinités d’élire telle ou telle pièce.

Robert Seidel, Tighten up (caséine sur toile) vue d'expositon Gestalt.

Tout droit au fond du rez de chaussée, on recommandera le séduisant tableau carré de l’allemand Robert Seidel (Leipzig 1983) titré Tighten up (caséine sur toile): une femme à la peau noire et nue comme une Eve tient en ses bras un serpent énorme, dans un paysage de fougères. Le traitement montre une variété de choix picturaux, caractérisant en cela le choix de la commissaire (une des deux mains simplifiée en pince, effets d’uniformisation des couleurs façon informatique, sortes de frottements dans les verts, etc). A l’étage du même artiste deux autres tableaux, remarquables: A love I can feel (2016), et Harvest Time for mama (2016), qui développent un univers étrange et musical.

Jean-Michel Alberola, Portrait d'Elisabeth 2, huile sur toile, 2021.

Du doyen de l’exposition, le français Jean-Michel Alberola, on retiendra le Portrait d’Elisabeth deux, réduit à la peinture typograhique de son nom centrée sur fond jaune, le nom faisant office de visage définitif. Au sujet du portrait, le peintre souligne l’importance de la couleur (ici un jaune orangé puissant). La couleur, dit-il, est un problème qui est commun au peintre lui-même et à la reine d’Angleterre, lors des choix de ses ensembles devenus légendaires. Dans un tableau réduit à de la typographie (on pense à Ed. Ruscha) Alberola ramène la personne à un nom et à un chiffre, comme sur un monument. En s’approchant, on voit bien qu’il s’agit de peinture, et on reste pensif.

Marion Bataillard

Enfin, la commissaire elle-même mouille la chemise et montre ses tableaux. De Marion Bataillard, qui accroche trois de ses toiles, on est tombé sous le charme de La jeune fille et la mort, huile sur toile de 2017. Jouant de codes anciens, l’artiste peint une femme presque nue, d’une façon presque réaliste (yeux démesurés) dans une atmosphère presque joyeuse. Au sol des ossements renvoient à la vanité, et à côté, des nounours (bonbons?) et un accessoire coloré aux formes enfantines ramènent le tableau ailleurs, sans doute du côté de la vie et du jeu. On notera des pâtes près du genou gauche, sans doute un jeu de mots. Dans le dos un plumeau de ménage renvoyant à une possible danse mystérieuse, dans notre esprit en tous cas.

Marion Bataillard, La jeune fille et la mort, huile sur toile, 2017

De nombreuses autres peintures mériteraient d’être détaillées, ce qui ne sera fait qu’avec des yeux, dans l’exposition si on s’y rend, d’où l’intérêt persistant des expositions physiques.

+1: Adrien Belgrand

L’artiste Adrien Belgrand nous sauve de la malédiction des treize artistes, grâce à son exposition dans l’Aude, à Quarante. L’exposition fait suite à une résidence ayant eu lieu durant l’hiver, où Belgrand a pu réaliser des aquarelles sur le motif, dans les chemins et villages proches, exposées pour l’occasion.

Né en 1982, Adrien Belgrand peint depuis 2006. L’artiste parisien consacre la plupart de son activité à réaliser des peintures de grand format, dont l’exposition montre une sélection. Marqué par Hockney, Belgrand développe dans un certain nombre de ses toiles une thématique aquatique. Souvent on retrouve des rivières, des plages et, dans une série restée célèbre, des piscines.

Adrien Belgrand, La balade de Saint-Chinian (2022)

Dans Point de vue (acrylique sur toile, 2019) comme dans Lake Louise (2017), on retrouve la préoccupation de Belgrand pour l’eau. Des personnages, dos au spectateur, regardent l’élément central qui semble être le sujet de l'œuvre: l’eau. L’effet de double regard (nous, eux, l’eau) amorce une plongée visuelle vers l’infini aqueux, et ses mystères.

Belgrand récuse le terme hyper réaliste, et on le comprend, tant le mot est galvaudé dans le commentaire possible de la peinture. Si l’effet de réel est saisissant dans les toiles dès qu’on les aborde, l’examen de détail au plus proche montre de nombreux écarts avec la littéralité visuelle. Les coups de pinceau sont marqués, et des zones entières, de près, ne ressemblent à… rien sauf de la peinture!

Attendre près de l'eau

Dans Cité radieuse (2021), le peintre montre une jeune femme en maillot allongée ne faisant rien, sinon prendre le soeil sur un toit terrasse. Au loin, de l’eau, sans doute la mer. Le titre renvoie au célèbre ensemble urbain de Marseille, construit par Le Corbusier. Comme déjà l’architecte qui cherchait à définir les activités humaines pour les rationaliser au maximum, le tableau semble proposer une définition possible du bonheur début de siècle: une jeune fille ne faisant rien, au soleil. L’impossibilité d’atteindre la mer, sortie de secours du système totalitaire imposé par l’architecte suisse faussement génial, contraint à s’allonger et à mimer la paresse, en brûlant sa peau, en attendant mieux.

Adrien Belgrand, The Great Escape @Melkan Bassil

Produit pour l’exposition, La balade de Saint-Chinian (2022) met en scène une femme, habillée cette fois, portant un sac en bandoulière dans des collines arides, au soleil levant ou couchant. De dos encore une fois, mais le visage montré, on reconnaît la peintre parisienne Nazanin Pouyandeh, posant ici pour l’artiste. La référence au célèbre tableau de Courbet Le bord de mer à Palavas (1854) vient à l’esprit, pour des raisons de proximité géographique, mais pas seulement.

On ressort de l’exposition avec une mélancolie douce, accentuée par l’omniprésence des cigales à l’extérieur.

Les deux expositions, quatorze peintres donc, affichent un panorama fragmenté de peintures allant dans des directions différentes: autant de chemins à explorer en s’en souvenant ensuite, par tous les moyens possibles.

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