Une semaine pascale de création et de mise en valeur de la saison du Bayerisches Staatsballett à Munich. Comme pour l’opéra l’été, le public peut assister à un condensé de la saison qui témoigne de la versatilité de la phalange bavaroise dirigée par le français Laurent Hilaire.
Silent Screen / Schmetterling
Musiques : Magnetic Fields, Max Richter, Philip Glass
Chorégraphie : Sol Leon et Paul Lightfoot
Roméo et Juliette
Musique : Serge Prokofiev (1891-1953)
Chorégraphie : John Cranko
Direction musicale : Robertas Servenikas
Bayerisches Staatsballett Ballet et Bayerisches Staatsorchester
Bayerisches Staatsoper du 31 mars au 8 avril 2023
L’offre culturelle de la ville de Munich rivalise avec celle des plus grandes européennes. L’Opéra d’Etat de Bavière offre une saison lyrique parmi les plus réputées mais sa compagnie de danse n’a pas à rougir. Depuis des années au début du printemps, le public régulier comme les pèlerins amateurs de danse peut s’offrir une grosse semaine de représentations qui met en valeur la richesse du répertoire sans cesse renouvelé ainsi que les talents de ses danseurs.
Cette édition ouvre avec la double entrée au répertoire de pièces de Sol Leon et Paul Lightfoot. Chronologiquement la soirée débute par la pièce la plus ancienne : Silent Screen, créée en 2005 par le Nederlands Dans Theater à La Haye. La musique de Philip Glass mainte fois utilisée pour la danse épouse littéralement la chorégraphie, les vidéos et les lumières. La pièce de 45 minutes débute et se conclut habilement par un fondu des danseurs dans la vidéo. La dizaine d'interprètes fait œuvre d'une forme de virtuosité contemporaine. Si la fluidité du mouvement marque la lignée avec Jirí Kylián, Sol León et Paul Lightfoot trouvent leur rythme propre auquel les danseurs se sont familiarisés pour ce qui n'était qu'une deuxième représentation. Une mention spéciale pour les deux membres du Corps de ballet : Eline Larrory et Severin Brunhuber, parfaitement à l'unisson. Se détache également le Premier Soliste cubain Osiel Gouneo à l'animalité qui fait rage. Aucune longueur perceptible malgré cette musique sérielle et le public bavarois concentré manifeste son enthousiasme par une standing ovation.
La seconde pièce de la soirée, Schmetterling, de cinq ans postérieure s’avère moins convaincante. La Première Soliste Lauretta Summerscales, volontairement vieillie tire son épingle du jeu, mais les saynètes se succèdent sans la force de Silent Screen.
Dès le lendemain, la plupart des mêmes danseurs revêtent les costumes colorés de Jürgen Rose pour Roméo et Juliette. Après les versions soviétiques, de Lifar ou d’Ashton, celle de John Cranko allait devenir la version de référence à partir de laquelle Kenneth MacMillan et Rudolph Noureev conçurent leur propre interprétation. Créée à partir de 1958, la chorégraphie multiplie les ensembles et les pas de deux avec un côté presque cinématographique. Les décors et les costumes de Rose font encore très belle impression.

La représentation de la semaine festivalière attire par la prise de rôle de l’américain Julian MacKay. Ce danseur très médiatique parti pendant quelques années parfaire sa formation et son apprentissage en Russie revint à Munich et attire à force d’Instagram un public virtuel et réel très nombreux. Sa première prestation déçoit par une technique un peu approximative et une faible palette d’expressions. Au contraire, Madison Young, elle-aussi américaine, séduit par sa danse, la fraîcheur mais également la richesse de son récit.
Roméo et Juliette offre toujours de très grands « seconds rôles ». Mercutio est confié au cubain Yonah Acosta qui conserve des pirouettes impressionnantes mais dont la netteté de la danse laisse un peu à désirer. Face à lui Emilio Pavan campe un Tybalt noir et plein d’autorité. Sa mort offre à Séverine Ferrolier une très juste scène d’hysterie de Lady Capulet. Sergio Navarro mérite également une mention pour le rôle souvent ingrat de Paris.
Les ensembles et le niveau général de la compagnie témoignent du travail qu’avait fourni Igor Zelensky, remplacé pour des raisons quasi diplomatiques par Laurent Hilaire, ancienne Etoile de l’Opéra de Paris dont la programmation comme son exécution attestent d’un talent affirmé. Paris, Moscou et Munich aujourd’hui lui permettent de faire une synthèse artistique de très haute volée.