‘Götterdämmerung’ : flamboyance vocale et musicale

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Avec le 'Crépuscule des dieux', l’Intendant de l’Opéra de Zürich et metteur en scène Andreas Homoki et son Directeur musical Gianandrea Noseda affichent la dernière journée du Ring de novembre en décembre, avant un cycle complet au printemps. Plateau et fosse offrent une représentation mémorable.

Götterdämmerung
Musique : Richard Wagner (1813-1883)
Direction musicale : Gianandrea Noseda
Mise en scène : Andreas Homoki
Philarmonia et chœur de l’Opéra de Zürich. Opera de Zürich du 5 novembre au 3 décembre

Le public aborde souvent le Crépuscule des dieux avec un peu d’appréhension : la longueur du prologue et du premier acte qui frise les deux heures, l’épilogue d’une saga dont on peine parfois à se souvenir des personnages, de leur parenté et de leurs relations incestueuses. Paradoxalement c’est une œuvre pleine de force et de pédagogie, notamment par l’utilisation du fameux leitmotiv wagnérien. On retrouve sans effort les motifs de l’Or du Rhin et de ses riantes filles, la chevauchée de la Walkyrie ou bien encore le chant de Siegfried aux oiseaux. Le succès de cette représentation zurichoise tient incontestablement à l’engagement de l’Orchestre et particulièrement de son chef, l’italien Gianandrea Noseda. L’italien à près de 60 ans fait preuve d’une vigueur et d’une science wagnérienne sans faille. Les pupitres des vents dans toute leur abondance comme les cordes font merveille dans cette fosse aussi profonde qu’à Bayreuth, le chef à peine visible. Les cors sonnent proportionnellement un peu moins juste mais quel cheval de bataille ! La musique atteint son pic d’intensité au 3ème acte avec la Marche funèbre de Siegfried suivie de la scène finale. L’acoustique de la bonbonnière zurichoise fait trembler les sièges et son public à l’unisson.

Visuellement la mise en scène, les décors et les costumes ne heurtent pas mais ne laisseront pas un souvenir éblouissant. Le décor blanc d’un noble salon aux moulures classiques ne cesse de tourner avec une forme de vacuité. Pour éviter la répétition on en change artificiellement les meubles, de l’empire au design contemporain, en passant par la sécession viennoise, aucun message que de montrer pour le responsable des décors un attachement aux arts décoratifs. Fort heureusement et à court d’imagination un rideau noir tombe lorsque la musique porte l’émotion à son comble. Une forme de capitulation de la musique face à la mise en scène. Prima la musica et pas exactement la « Gesamtkunstwerk », l’œuvre d’art totale à laquelle Wagner aspirait …

La musique d’abord mais également les voix participent de ce succès. Après les nornes un peu trop perruquées et poudrées on entre immédiatement dans le vif du sujet avec Brünnhilde et Siegfried. Brünnhilde trône sur le lit nuptial (empire cette fois) et la soprane finnoise Camilla Nylund en impose immédiatement par la sûreté et la force de son timbre. Caché derrière le dos du lit l’allemand Klaus Florian Vogt apparait et la magie opère. Lorsque le couple clame « Heil, heil », on se retrouverait plongé dans le Chant d’amour de Tristan et Iseult avec une tonalité plus claire. Une mise en bouche fastueuse et heureuse.

Götterdämmerung, à l'Opéra de Zürich.

C’est sans compter sur le maléfice de Hagen et de ses enfants, digne lignée de l’indigne Alberich. L’imposante basse David Leigh met un peu de temps à dominer l’intrigue mais au 2ème acte lorsqu’il galvanise ses vassaux au cri de « Hoiho, Hoihohoho » on se prend à penser à Woody Allen qui plaisantait en disant qu'à trop écouter Wagner on aurait envie d’envahir la Pologne …

Les promis malveillants et faibles, Gutrune et Gunther, identifiables à leurs habits rouges remplissent très honnêtement leur rôle. L’australienne Lauren Fagan chante et interprète justement quand l’autrichien Daniel Schmutzhard fait sourire par son air de benêt et sa couardise.

Une mention spéciale va à Sarah Ferede dont l’apparition au 2ème acte fait véritablement merveille. La mezzo-soprano arrive haletante afin de convaincre Brünnhilde de rejoindre ses sœurs mais malgré une supplique prenante elle échoue à la convaincre, pas à nous impressionner ! Voici une chanteuse à suivre dans le répertoire wagnerien. On a hâte de l’entendre dans Kundry mais également dans Norma ou Don Carlo.

Plus de 5 heures 30 de spectacle (et d’entractes) et le public ne se presse pas de regagner ses pénates. Chaque chanteur reçoit son obole de généreux applaudissement, Camilla Nylund et Klaus Florian Vogt, étoiles de la soirée comme Gianandrea Noseda qui semble avoir parfaitement ancré son talent au bord du Lac de Zürich.

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