Oeuvres à choeur et à cris

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Un programme de musique chorale religieuse avec la fine fleur des formations viennoises tenait l’affiche d’un Konzerthaus « ausverkauft » (i.e complet). Les phalanges viennoises ont tenu leur promesse quant les solistes invités ont probablement et sans succès tiré la couverture à eux …

Messa di Gloria
Musique : Giacomo Puccini (1858-1924)
Libera me
Musique : Giuseppe Verdi (1813-1901)
Direction musicale : Adam Fischer
Wiener Philarmoniker
Wiener Singverein
Wiener Konzerthaus, 28 novembre 2023

Le public viennois plus avisé qu’en aucune autre capitale au monde avait peut-être retenu son billet bien à l’avance pour applaudir le vétéran Zubin Mehta contraint hélas d’annuler ce concert pour des raisons de santé. Ce n’est pas exactement un jeune premier qui prit le relais mais le valeureux voisin hongrois Adam Fischer qui n’a pas perdu une once de rigueur et de charisme. Peut-être aussi les spectateurs se sont déplacés si nombreux pour cet intéressant condensé de musique religieuse : la Messa di Gloria de Puccini datant de 1880 ou le Libera me extrait du Requiem de Verdi composé en 1874. Intéressant parallèle lorsqu’on sait l’importance que Verdi eut sur la vocation de compositeur d’œuvres lyriques sur le natif de Lucca. Mais les viennois se sont probablement rués comme les touristes sur les billets pour écouter le Philarmonique de Vienne, zénith du monde orchestral complété par le non moins prestigieux Wiener Singverein, ce chœur qui assura la création des œuvres de Mahler ou de Bruckner. Serait-ce aussi la curiosité des débuts de Victorio Grigolo ? Grand mal leur en aura pris !

La Messa di Gloria débute par une introduction des cordes légère et annonciatrice de la musique ultérieure de Puccini, son univers reconnaissable entre mille. Après ces quelques minutes introductives, les premières mesures du chœur nous replongent dans un univers proche de celui de Verdi mais non sans rappeler l’inspiration plus lointaine de Rossini ou même de Bach. Les trois rangs du chœur formant une centaine d’amateurs les plus professionnels du monde saisissent par la clarté de leur prosodie et les nuances de leur chant. La barre est mise très haute avant que Grigolo trublionne parmi l’ensemble. Avec une nonchalance à la limite de la politesse vis-à-vis du chef, des musiciens et du chœur, le ténor italien cabotine à un niveau inédit.

Wiener Philarmoniker et Wiener Singverein © Wiener Konzerthaus Andrea Humer

Articulation forcée, expression digne d’une gorgone et projection exagérée, tout est en hyperbole et à des années-lumière de ce répertoire qui sans exiger une religiosité austère requiert un équilibre entre musiciens, choristes et solistes. Programmer une telle vedette pour ce répertoire italien fait sens sur le papier mais la réalisation s’avère désastreuse. Alors on se surprend à fermer les yeux ou à attendre que les mesures du soliste cessent pour retrouver le cours de cette messe. Cette exécution en pointillés s’avère profondément frustrante. Les mouvements passent et parfois la représentation reprend toutes ses promesses, le baryton assurant une prestation à peine plus … glorieuse.

Difficile pour Adam Fischer de soutenir orchestre et chœur face à ces avaries lyriques pour ne pas dire simplement criardes et néanmoins le chef hongrois parvient à sauver des morceaux de cet étalage de virtuosité mal placée.

Dans le Libera me de Verdi l’harmonie se révèle évidente entre instruments et voix : la jeune Alessia Panza fait œuvre beaucoup plus respectueuse de la partition et des immenses institutions avec lesquelles elle fait elle-aussi ses débuts. Néanmoins le mouvement ainsi isolé de son contexte du Requiem laisse un goût d’inachevé, à l’aune de cette soirée.

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