L’Opéra de Francfort affiche La Nuit de Noël, une production présentée pour la première fois en 2021. Deux ans plus tard la reprise fait recette, une œuvre et une mise en scène qui semblent lui assurer de futures saisons.
La Nuit de Noël
Musique : Nikolaï Rimski-Korskakov (1844-1908)
Direction musicale : Takeshi Moriuchi
Mise en scène : Christof Loy
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Francfort
Opéra de Francfort
Quand le Théâtre de la Monnaie à Bruxelles programme le Conte du Tsar Saltane, l’Opéra de Francfort affiche une œuvre antérieure de Rimski-Korsakov, mise en scène de ce côté du Rhin non par le corrosif Dimitri Tcheriniakov mais par l’un des metteurs en scène les plus appréciés de sa génération, Christof Loy, particulièrement chéri et souvent commissionné par l’Opéra de Franfort. Cette profusion de Rimski-Korsakov montre l’appétit du public pour cette luxuriante musique et l’universalité des contes et du folklore russe, un symbole d’espoir lorsque le conflit entre l’Ukraine et la Russie s’enlise.
Les décors de Johannes Leiacker offrent un écrin onirique sans tomber dans le carton-pâte. Christof Loy apprécie toujours le minimalisme et la sobriété dans ses productions. De manière intéressante, sans même chercher à répliquer l’univers de Marc Chagall, il en capte l’essence et l’on se croirait transporté sur les toits ou dans les datchas de Vitebesk. Loy n’hésite pas à harnacher les chanteurs et à les faire voler dans la cage de scène … tout en chantant.
Le diable et la villageoise Solocha, respectivement chantés par Changdai Park et Enkelejda Shkoza en imposent par la profondeur de leurs graves et leur présence scénique. Cette truculence amusante séduit un public de toutes les générations venu nombreux.

Les deux principaux protagonistes, Wakula et Oksana, les russes Georgy Vasiliev et Julia Muzychenko, furent les créateurs du rôle dans cette production il y a deux ans. Ils demeurent deux révélations pour qui les entend pour la première fois et a fortiori découvre cette œuvre. La native de Saint-Pétersbourg semble parfaitement dans sa zone de confort musicalement et sa sensibilité qui frise une juste sensualité séduit et touche. En face, ou plutôt à ses côtés, Georgy Vasiliev fait montre sa voix solaire et une authenticité de jeu qui rend le conte crédible et immédiatement accessible.
Si l’Allemagne a pour tradition de programmer à cette saison l’incomparable Hänsel et Gretel, il est important de soutenir les efforts de diversification du répertoire des fêtes de fin d’année. Mission accomplie et l’Opéra de Francfort se trouve à guichet fermé lorsque d’aucuns prédisent la mort incontournable de l’opéra. Une alternative à Netflix que l’Etat de Hessen et la ville font bien de soutenir sans faillir dans la richesse et l’audace de sa production artistique.